Revue Sources

Nicolas Duruz: «Dis-moi pourquoi tu cours. Comment la course à pied nous révèle à nous-mêmes», Editions Médecine & Hygiène, 2015, 117 p.


Un professeur honoraire de psychologie clinique devient fan de yogging à l’heure de sa retraite et nous fait part de sa découverte. Un livre stimulant, revigorant et plaisant. Fourmillant de notes scientifiques, l’ouvrage demeure abordable au profane qui pourra en retirer sagesse et bonheur de vivre. A condition de courir «contactuel», en dilettante, et non en compétiteur stressé, pressé de dépasser son précédent score et d’abattre au passage ses concurrents. Suivre son souffle, lui obéir sans le forcer, tout en se préparant à accueillir ou à rendre le dernier. Sans trop y penser, tout de même.

Finement écrit, cet essai se lit d’une traite avec le même plaisir que le corps d’un joggeur éprouve à traverser les bois et les vignes par un bel après-midi d’automne quand le soleil dore encore le Léman.

Extraits:

«J’essaye de courir au mieux l’instant même, faisant confiance au souffle qui m’anime à chaque moment. C’est vrai que j’espère arriver le plus vivant possible au terme du parcours. Il y aura bien sûr un dernier souffle. Pourrai-je le vivre alors comme un autre moment de vie? Mais stop. «Maintenant, c’est maintenant; après c’est après»…Entre trop convoquer la mort ou trop la fuir, l’équilibre est difficile. Courir m’y aide un peu.»

«Parfois, un lien plus subtil peut être créé entre le coureur et certains de ses proches admirateurs, dès le moment où ceux-ci, fiers de ses performances, se réjouissent excessivement de le voir bien courir. La crainte de les décevoir, s’il ne court pas suffisamment à la hauteur de leurs attentes, peut alors le gêner. Le regard des autres est souvent bienfaisant en tant que source de reconnaissance, mais peut être aussi aliénant lorsqu’il véhicule exagérément des normes de conduite qu’il faut satisfaire à tout prix.»

«Je songe à mon parcours dans l’existence. Forgé dès ma naissance aux mamelles d’une identité chrétienne, que des études en philosophie, en théologie et en psychologie ont d’abord consolidée puis contestée, j’en suis arrivé parfois à être fatigué de ce travail identitaire exigé et valorisé par la pensée occidentale: Qui suis-je? Que suis-je pour l’autre? Qui est l’autre pour moi? Pourquoi dois-je mourir? Comment m’épargner les souffrances de trop d’attachement ?

Un saut dans un monde plus simple m’a tenté, où la raison lâche un peu prise. Courir « contactuel» m’y invite…» 

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