Revue Sources

Je «doute» en effet que nos lecteurs manifestent un intérêt exceptionnel pour le sujet du dossier que leur présente ce numéro. Me voilà donc en train de «douter» du succès d’une réflexion sur le «doute», alors que cette activité mentale est universelle.

Elle caractérise d’abord les intellectuels qui assortissent d’un bémol leurs assentiments, se gardant bien de qualifier de définitives leurs affirmations, tant l’accès à la vérité leur paraît long et difficile, pour ne pas dire impossible. Le doute peut donc retarder l’engagement, générer l’immobilisme et l’impasse ou la sortie de scène.

Le doute tuerait-il la foi ou, au contraire, viendrait-il la conforter?

Paradoxalement, le doute profite à l’accusé, lui évite une condamnation et lui permet de conserver toutes ses chances. Le doute est l’ennemi de l’absolu, des certitudes péremptoires et emblématiques. Bien sûr, il se moque des discours de cantine et s’amuse des promesses électorales. Il oblige aussi à travailler, à analyser les comportements et même les traits des visages. Le douteur ne saute pas au cou du premier ou de la première venu, il ne se contente pas de goûter aux fruits appétissants qui ornent le devant du plat; il veut encore vérifier la saveur de ceux qui se cachent au fond de la corbeille. Méfiance! Méfiance! cri du cœur des ruraux de mon pays, à qui «on ne la fait plus».

Le douteur serait-il un rabat-joie qui met son grain de sel ou sa poignée de poivre dans les soirées exubérantes? Ou alors, est-il simplement «réaliste», plus proche de la vérité que ses compagnons naïfs et euphoriques? On n’en finirait pas de bénir ou de maudire le doute, sous toutes ses facettes.

Notre dossier n’a porté son regard que sur une seule facette du doute. Celle où il intervient dans le champ du croyant. Le doute tuerait-il la foi ou, au contraire, viendrait-il la conforter? Les avis divergent, comme les expériences qui les fondent. Notre dossier présente donc des témoignages pas forcément convergents ou concordants. Mais on ne peut mettre en doute l’honnêteté de ceux qui les expriment. Et puis, le parcours de la foi est à ce point personnel que l’on ne peut imaginer qu’une seule trajectoire qui conduit à s’approcher mystère du divin.

Nos lecteurs porteront peut-être leur attention sur les rubriques qui accompagnent ce dossier. Là précisément où la foi est mise en doute ou en valeur. Un frère dominicain rentré de Centrafrique témoigne de la survie de l’espérance au milieu d’un amas de décombres et de désillusions. De même, une céramiste de chez nous met son art au service de notre foi eucharistique. Grâce à ses dons particuliers, une porte de tabernacle n’est pas signe d’absence et de fermeture, mais rayonne de la présence lumineuse de Celui qui habite sous cette tente.


Guy Musy

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