Revue Sources

Le couvent St-Hyacinthe à Fribourg accueille au cours de l’année universitaire 20152016 huit frères en formation. Ils suivent les cours de la Faculté de Théologie de l’Université de Fribourg. A une exception près, tous ont accompli un premier parcours d’études supérieures: architecture, sociologie, lettres, marketing, sciences… Cinq d’entre eux seront ordonnés diacres au terme de cette année d’étude. SOURCES leur a proposé d’exprimer très librement la façon dont ils vivent cette année «fribourgeoise». Un parcours de formation qui dépasse largement les frontières académiques.

Fr. Charles Desjobert – Qui cherchez-vous?

Nos études nous maintiennent dans une dynamique de recherche qui est le propre de notre foi. Où que nous en soyons dans notre vie religieuse, elles nous rappellent que s’il nous arrive d’enseigner, nous ne sommes pas maîtres, et que la parole que nous portons vient de plus loin. Quand certains matins en partant pour l’Uni’ nous nous demandons «que cherchons-nous?», le Seigneur nous répond: «Qui cherchez-vous?» (Jn 18,4).

Fr. Grégoire Laurent-Huyghues-Beaufond – Comme une marche en montagne

Ce serait comme une marche en montagne, la pente plus ou moins douce, plus ou moins ardue, tantôt l’herbe verte et grasse, parfois la terre nue, la roche affleure, et, au versant nord, glace et neige qui persistent. Et on serait pareils aux pins qui s’accrochent et s’égrènent aux flancs de la montagne et sur ses crêtes, pèlerins de la hauteur, mendiants de la beauté.

On est parti, tôt ou tard, avec allant, il y a trois ans: les sentiers sont balisés. Un jour, on tracera peut-être sa propre piste. Aujourd’hui, des guides nous orientent et nous apprennent comme on enseigne une langue, les syntaxes de la marche. Peu à peu, le pas s’affermit et les yeux s’éclairent, on prend ses repères, on a moins peur de dévisser, et, en tel ou tel lieu, on dresse une croix, en mémorial. 

Bien sûr, il y a la fatigue, et parfois le découragement ou le vertige face à l’immensité qui se découvre et les choix qu’il faut faire. On vient de prendre la route et déjà il faut choisir: ce sera ce massif et non celui-là, pas moins beau ni moins difficile pourtant; ce sera ce chemin, et non celui-ci et on devine de quelles merveilles on se prive, bien qu’on se doute de celles qui nous sont préparées.

Il faut marcher léger, sans doute: mais, on n’a pas pour autant quitté la vallée, ni les hommes de notre temps, leurs joies, leurs espoirs, leurs tristesses, leurs angoisses… tout ce qui peuple l’intelligence et le cœur et oriente aussi les inquiétudes de la marche.

Fr. Emmanuel Dumont – Confession!

Le lundi soir, guidés par un frère, nous faisons une petite promenade. Ce n’est pas une pénitence, et je le confesse, cela me fait de l’effet. Nous sortons parfois du droit chemin, mais c’est pour mieux le retrouver. Nous récoltons bien souvent de bons fruits, mais rarement sur les pêchers. Nous admirons les formes et les matières. Nous observons les choses et les signes. Les accidents du chemin ne nous empêchent pas d’aller à l’essentiel, car, comme tout bon marcheur, nous avons des instruments efficaces qui nous apportent satisfaction. Pardon, je suis contrit, j’ai oublié de vous donner l’objet de la sortie: nous parlons du sacrement de réconciliation.

 Fr. Jacques-Benoît Rauscher – Le compte est bon!

Le compte est bon! Une tentation dans le domaine des études serait pour moi de me laisser aller à une logique purement quantitative: dénombrer les années qui restent encore à suivre pour obtenir tel diplôme, me désoler du temps déjà passé sur le banc d’écoles, avoir les yeux fixés sur le nombre de pages d’un devoir (en jouant au besoin sur la taille de l’interligne ou de la police). Tout cela ressemble un peu au péché de David qui passait en revue son armée (2 Sam 24) et peut faire oublier l’objectif des études de théologie pour un Dominicain: connaître et contempler le Seigneur pour l’annoncer. Car pour les études, comme pour le reste de la vie religieuse, c’est Dieu seul qui compte (dans tous les sens du terme!).

Fr. Pierre-André Mauduit – Gros point d’interrogation

«Le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser sa tête» est peut-être le verset de l’évangile (Mt 8,20) qui accompagne le mieux mes débuts à la faculté de théologie de Fribourg. Venu à Fribourg avec un projet d’études précis, je suis aujourd’hui à la fois réjoui par la diversité des cours proposés et en même temps déçu que leur contenu ne corresponde pas totalement à mes attentes. Je dois donc prendre une direction qui m’oblige à un réajustement. Mais la vie dominicaine n’est-elle pas justement ce perpétuel ajustement aux situations rencontrées, et qui laisse la première place à l’inattendu? Et c’est souvent, je l’ai remarqué, dans cet imprévisible que le Christ vient me chercher et me dit «Suis-moi». Si je devais résumer mes premières semaines à l’université, je dessinerai un grand point d’interrogation. Si je trouve tous les cours plus ou moins intéressants, je ne suis (pas encore) passionné par ce que je fais. Je cherche encore le sens à donner à mes études. Ce que j’apprécie énormément, en revanche, et que je trouve très formateur pour un frère étudiant dominicain, c’est de pouvoir expérimenter la catholicité de l’Ordre. Vivre dans une communauté internationale comme celle de St-Hyacinthe et vivre les rencontres culturelles tous les jours à la faculté est pour moi source d’une grande richesse et d’une grande joie.

Fr. Marko Dokoza – Cultures proches et lointaines

Être frère étudiant à Fribourg est pour moi une expérience nouvelle. Suivre des cours et étudier dans une langue étrangère m’a fait peur au début. Mais dès le début des cours, la peur m’a progressivement quitté et, maintenant, je suis vraiment heureux d’être à Fribourg. La richesse des études à Fribourg n’est pas seulement liée aux cours, mais aussi aux personnes qui étudient avec moi. J’ai la possibilité de rencontrer des gens de différentes nationalités, langue et intérêts. J’ai aussi la chance de faire partie d’une communauté internationale et, de jour en jour, de connaître toujours mieux des cultures qui sont pour moi en même temps proches et lointaines.

Fr. Olivier Catel – L’université: un champ de mission

Après plusieurs années marquées par de passionnants apostolats (visiteur de prison, aumônier scout…), je suis arrivé à Fribourg sachant qu’il y aurait sans doute là un deuil à faire. Mais, me souvenant d’une discussion avec un frère étudiant de Blackfriars Hall à Oxford, j’ai vite compris que ma mission première, outre celle d’étudier, serait de témoigner avec mes frères de notre vie dominicaine, faite d’étude et de prière, de silence et de prédication. L’université devient alors un lieu de mission, un lieu où la Parole est annoncée non seulement par les enseignants, bien souvent dominicains, mais aussi dans la communauté d’étude que nous formons. L’attachement de beaucoup d’étudiants à cette «faculté dominicaine», comme ils le disent parfois, tient sans aucun doute à l’originalité de notre vie faite de contemplation et de mission. Elle trouve une expression singulière dans cette université confiée à l’Ordre depuis plus d’un siècle. 

Fr. Pierre De Marolles – Une chance

«Ce que nous avons contemplé… nous vous l’annonçons… afin que notre joie soit parfaite» (1 Jn 1, 1-4). Au début de ma cinquième année à Fribourg comme frère étudiant, je suis toujours aussi émerveillé de la chance que j’ai. La douceur de la fraternité vécue au couvent St-Hyacinthe porte admirablement cette quête commune de la vérité qui se découvre et s’éprouve au fond des bibliothèques comme dans la chaleur d’un débat au réfectoire. L’arrivée de nouveaux frères étudiants est d’ailleurs toujours l’occasion de poser, à travers eux, un regard neuf sur cette chance qui est la nôtre. Chance d’autant plus grande que ce temps des études offert aux apprentis prêcheurs que nous sommes ne saurait se transformer en un cocon coupé du monde. En effet, le confort de notre situation est sans cesse inquiété par ce feu contagieux qui consume mes confrères passionnés: annoncer le Christ aujourd’hui pour le salut de tous les hommes! Quels projets, quelles méthodes, quels médias, quels moments seront les plus propices à évangéliser nos contemporains? 

Comment ne pas être entrainé moi aussi dans cette course de l’Evangile? Se contenter de partager à ceux qui le demandent la Parole reçue de Dieu au creux de notre humanité ne suffit pas: ils sont une foule immense à l’attendre sans savoir demander! Alors je me laisse consumer (bien que le bois soit encore un peu vert), et j’essaie moi aussi, au détour d’un enseignement, d’une retraite, d’un témoignage d’allumer cet incendie du Christ. 

Et c’est dans ces moments de prédications que tout ce qui a été découvert dans les études, tout ce qui a été éprouvé au feu des contradictions, tout ce qui a été murmuré dans la prière, ressurgit comme débordant d’un chaudron bouillonnant! Le chercheur de vérité et le prédicateur du salut sont bien la même personne. La frontière entre les deux est bien mince, elle tient à l’inclinaison de la tête: penchée vers le livre ou levée vers l’assemblée. 

Comment le prêcheur pourrait-il ne pas transmettre aux autres ce qu’il a contemplé?

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