Revue Sources

Nous nous trouvons à Neno, importante paroisse rurale au sud-ouest du Malawi. Rapidement, un dernier servant de messe se range parmi les autres, avant que le cortège n’atteigne le portail de l’église. En tête, des jeunes danseuses suivies des servants de messe qui précèdent le prêtre. Dans l’église, le chant enthousiaste d’une chorale les accueille. Les fidèles, debout, chantent avec le chœur en se balançant au rythme des chants. Le célébrant entre dans la danse, lui aussi.

Dieu aime celui qui donne avec joie

Cette célébration eucharistique reste gravée dans ma mémoire. Notamment à cause de ses collectes. Au moment de la préparation des offrandes, les fidèles avancent, rangée par rangée, et déposent quelques monnaies dans l’assiette prévue à cette intention. Entraînés par le chœur, ils s’approchent en chantant et dansant. On échange des regards, on se sourit. La quête se répète à trois reprises: la première pour la paroisse, la deuxième pour les besoins caritatifs et la troisième pour l’entretien du prêtre. « Dieu aime celui qui donne avec joie« , écrit l’apôtre Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens (2 Co 9,7). C’est bien ce qui se passe ici, à Neno.

Tous participent

C’est ainsi que l’avant-dernier dimanche du mois d’octobre les fidèles de Neno déposent leur offrande dans l’assiette prévue. Mais ce dimanche-là, la quête est faite pour le fonds de solidarité universel de l’Eglise. C’est  la collecte du « Dimanche des Missions ». La somme récoltée n’est pas très importante si on la compare aaux collectes faites dans les pays riches. Cependant, l’offrande des fidèles de Neno fait d’eux des donateurs. C’est ce qui compte avant tout.

On peut estimer que le Dimanche des missions plus de cent millions de catholiques participent à ce fonds de solidarité.

L’an passé, dans 118 pays, les fidèles ont participé à cette collecte. Le résultat fut une surprise. Certes, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, la France, l’Australie, le Brésil, le Canada et les Etats-Unis continuent à donner beaucoup, grâce à de riches donateurs. Néanmoins, leur contribution a sensiblement diminué ces dernières années. En Afrique, c’est différent. Les résultats sont certes modestes, mais ils augmentent. Le Burkina Faso, par exemple, a triplé sa contribution depuis cinq ans pour arriver en 2012 à 173’000 euros. Le Nigeria récoltait la même année 360’000 euros, doublant ainsi sa contribution. Les apports des autres pays africains sont plus modestes. Mais ils ont quasiment doublé en cinq ans.

En Asie, la Corée du Sud avec 1,2 millions et l’Inde avec 2 millions de dollars font déjà partie des pays donateurs les plus importants. Ces deux pays récoltent ensemble deux à trois fois plus que l’Eglise de Suisse. L’Amérique Latine offre une image semblable. Ces chiffres montrent à l’évidence que la majorité des fidèles catholiques vit désormais dans les pays du Sud et de l’Est. L’Eglise est devenue vraiment universelle.

La solidarité n’est pas à sens unique

Le principe fondamental de « l’œuvre de la propagation de la foi », fondée en 1822 par la jeune Française Pauline Jaricot, est la solidarité. Les dictionnaires définissent la solidarité comme le sens d’appartenance à une communauté, ou comme le sens de la responsabilité pour une communauté. Ces définitions disent bien ce que l’Eglise aimerait susciter dans le cœur des fidèles. Enfants d’un seul Père (Rom 8,14), nous sommes reliés à Dieu, mais aussi les uns aux autres, comme frères et sœurs. La solidarité entre les hommes ne peut donc être à sens unique. Les riches ne sont pas les seuls concernés. Même les pauvres ont leur part dans ce partage. Ainsi, la collecte du Dimanche des missions fait de chaque fidèle un donateur et met un terme à la dépendance.

Les sommes récoltées par « Missio » dans les différents pays du monde sont réparties de manière aussi équitable que possible. Les bénéficiaires sont les communautés démunies et leurs projets. Plus de 1’100 Eglises locales en profitent chaque année.

Cette collecte est remarquable par le grand nombre de ses participants. Certes, il y a encore de très riches donateurs. Mais la proportion de petites et très petites offrandes déborde largement les apports de ces fortunés contributeurs. On peut estimer que le Dimanche des missions plus de cent millions de catholiques participent à ce fonds de solidarité. Leur volonté de contribuer au bien de l’Eglise vaut bien davantage que toutes les sommes récoltées ce jour-là.


Le diacre Martin Brunner-Artho est directeur de « Missio » suisse, l’ « Œuvre de la Propagation de la foi », fondée au XIXème siècle par Pauline Jaricot, dans le but d’apporter une aide matérielle et spirituelle aux missionnaires européens œuvrant au-delà des mers.

 

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