Revue Sources

Il est question d’enfants et de mensonges dans le dossier de ce numéro. Comme si le fait de mentir était propre au premier âge de la vie. Les enfants mentiraient pour se disculper, échapper à une punition, et donc pour survivre. Mais les adultes eux aussi luttent pour leur survie et se servent du mensonge comme d’un bouclier pour se protéger, eux et leurs amis. «J’ai l’impression de mentir toute la journée!», me disait récemment une personne respectable et… charitable. Il n’est pas certain que le couple biblique «amour et vérité» fasse toujours bon ménage.

Le mensonge serait-il un acte de bienfaisance?

Hors de la sphère individuelle, que de programmes politique fondés sur le mensonge! Notre dossier y fait largement référence. Et pas seulement en Afrique centrale, ainsi qu’une lecture rapide de ce numéro pourrait le faire croire. Le mensonge politique est un fléau notoire qui n’épargne aucun continents. L’article sur les fake news le prouve à l’évidence. Souvenons-nous du grossier mensonge diplomatique qui, il y a quelques années, provoqua au Moyen Orient une catastrophe aux conséquences néfastes incalculables et toujours irréparables. Moins graves et anodines, les promesses électorales mensongère qui n’abusent plus les citoyens des pays dits démocratiques, tant elles leur sont devenues familières. Ils ont fini par savoir les décoder et en faire le tri, avant même qu’elles ne soient soumises à leur consentement.

Le mensonge serait-il notre seconde nature et même – le plus souvent? – un acte de bienfaisance? Les dévots hypocrites reprochent à Voltaire d’avoir cyniquement recommandé l’usage universel du mensonge, jusqu’à déformer ses propos. L’exactitude des dires du châtelain de Ferney serait contenue dans la citation suivante: « Le mensonge n’est un vice que quand il fait mal. C’est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai un jour. » (Lettre à Thiriot, 21 octobre 1736).

Grave question que l’on agitait autrefois dans les cours de théologie morale portant sur la «restriction mentale»[1]. Terme abstrait et aujourd’hui rétrograde qui peut se traduire en proverbe: «Toute vérité n’est pas bonne à dire». Non pas forcément pour se disculper, mais pour ne pas faire souffrir et même pour faire plaisir. Le médecin est-il tenu de révéler à son patient la gravité de sa maladie. Encore faut-il qu’il le sache avec précision et n’engage pas son autorité dans des révélations douteuses et incertaines. Et si c’était le cas, comment le fera-t-il savoir au malade sans lui mentir? Comment l’homme de l’art s’y prendra-t-il avec l’entourage inquiet de la santé de l’un des siens ? Et la famille saura-t-elle répéter le verdict médical au malade? Un exemple parmi des milliers d’autres sur l’usage des connaissances et leur communication appropriée. Quelle intention poursuit-on en taisant ou en affirmant une «vérité» de portée très grave?

J’ai l’impression d’ouvrir une porte que notre dossier ne fait qu’entrebâiller. Notre désir est que nos amis et amies internautes poursuivre ce débat et s’interrogent pour savoir si vraiment toute vérité est bonne à dire. Nous serions même heureux de recueillir leurs avis.


[1] La restriction mentale est une façon de tromper les gens sans être un mensonge pur et simple. Elle a été discutée comme une façon de concilier l’obligation de dire la vérité et de ne pas révéler des secrets à des personnes qui ne sont pas habilitées à les connaître.

 

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