Revue Sources

L’Hospice du Grand-Saint-Bernard demeure depuis près de mille ans une porte ouverte à tous ceux qui passent. Sur ce col inhospitalier, à près de 2500 mètres d’altitude, la vie fraternelle se tisse, jour après jour à l’abri des rochers, siècle après siècle, sous le regard bienveillant du Père.

Les Romains déjà…

Voilà près de 2000 ans, les Romains s’étaient déjà aventurés à creuser dans le roc la voie qui relierait les deux versants de la montagne, favorisant ainsi le commerce et les échanges entre populations. La bâtisse actuelle conserve discrètement en ses murs d’antiques marbres témoins de ce temps. Ils rappellent à la communauté religieuse d’aujourd’hui combien son œuvre d’hospitalité s’appuie sur des fondations posées jadis par ceux que l’on nomme un peu trop facilement païens. Les premiers chanoines sur le col en étaient conscients. Comme en témoigne la devise latine de l’Hospice qui exhorte à la pratique d’un accueil sans frontières: Hic Christus adoratur et pascitur. Ici, le Christ est adoré dans la célébration de la foi et c’est encore Lui qui nourrit les frères et sœurs rassemblés en communauté. Il se donne à reconnaître au travers de tout visage rencontré, catholique ou musulman, agnostique ou bouddhiste.

Au lieu même du franchissement du col, l’Hospice apparaît tel un refuge d’humanité, érigé là où personne n’habite, mais où tant de gens passent. Proposer la foi aujourd’hui à l’Hospice, c’est avant tout offrir à chacun de nos hôtes sa simple présence et croire en la divine tendresse célébrée autour d’une tasse de thé, dans la chaleur d’un regard échangé ou le réconfort bienfaisant après une parole confiée.

S’agenouiller devant celui que l’on reçoit.

Proposer la foi à l’Hospice, ce n’est donc pas tant chercher à transmettre des connaissances sur Dieu, si profondes soient-elles; c’est m’agenouiller devant mon semblable, me mettre en attitude de réceptivité jusqu’à ce que l’hôte me devienne intérieur. La rencontre devient célébration de la foi lorsque mon regard est orienté vers l’infini qui consacre toute présence humaine. Quelles que soient les méandres d’une histoire de vie, si je m’ouvre à l’infini que l’hôte porte en lui, il m’est donné de reconnaître Dieu qui a pris chair de notre chair pour se livrer entre nos mains.

Comme au cours du dernier repas: «Prenez et mangez-en tous, ceci est mon Corps livré pour vous. Prenez et buvez-en tous, ceci est mon Sang versé pour vous et pour la multitude», le prêtre que je suis n’est pas à cet instant en train de renouveler le geste du Christ qui prend entre ses mains le pain et le vin. Je m’identifie plutôt à l’un des disciples qui reçoit la parole du Christ à travers l’humanité déjà consacrée de l’hôte qui s’offre à moi. Dès lors, il ne m’est pas tellement demandé de proposer la foi que de chercher à la recevoir au creuset de toute vraie rencontre.


Le Chanoine José Mittaz est Prieur de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard, au sommet du col qui relie le Valais suisse au Val d’Aoste italien.

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