Revue Sources

Michel Tournade: Saint François de Sales. Aventurier et diplomate, Salavator, Paris, 2017, 331 p.

L’ouvrage de 331 pages a paru en 2017 chez Salvator, sans doute à l’occasion du 450 ème anniversaire de la naissance au château de Thorens de Monsieur de Genève (1567-1622).

L’auteur est un religieux, membre de la famille salésienne, curé d’une paroisse d’Annecy et enseignant dans un lycée savoyard. Manifestement, il aime écrire et adore sa région et ses montagnes. Le romanesque mis à part, ce livre répond au questionnement sur l’environnement et le milieu familial du jeune François, sur sa formation et ses jeunes années de prêtre et d’évêque.

C’est précisément sur ses années «missionnaires» en Chablais que porte notre intérêt. Comment François s’était-il pris pour ramener au catholicisme la population de ce territoire conquis par les Bernois alliés des calvinistes genevois, puis rétrocédé au duc catholique de Savoie? Quelle fut la méthode missionnaire du Prévôt des chanoines d’Annecy.

L’œcuménisme de François, me semble-t-il, est d’abord celui de l’auteur.

Je ne crois pas me tromper en affirmant que le roman a été tout entier construit pour nous donner une image œcuménique de celui qui deviendra évêque de Genève, sans n’avoir jamais pénétré dans sa cathédrale. On connaissait déjà son refuge dans la citadelle des Allinges au cours des années difficiles, ses libelles qui avaient mission de faire réfléchir plutôt qu’alimenter polémiques et controverses ou allumer des bûchers.

A-t-il à trois reprises rencontré secrètement Théodore de Bèze et même invité le successeur de Calvin à se convertir au catholicisme en lui proposant l’argent du pape pour faciliter ce geste? Difficile de démêler l’histoire du romanesque. François s’est-il rangé finalement à la politique de son prince catholique désireux d’imposant par la force la conversion de ses sujets calvinistes? L’auteur ne s’engage pas dans ce débat délicat qu’il semble même ignorer.

L’œcuménisme de François, me semble-t-il, est d’abord celui de l’auteur. Le genre romanesque autorise en effet les anachronismes. Monsieur de Genève ne voit donc aucun inconvénient aux «mariages mixtes»; il irait jusqu’à approuver des célébrations (eucharistiques?) où s’interfèrent un prêtre et un pasteur. Il ne supporte pas l’intégrisme, qu’il soit le fait d’agents de l’inquisition romaine ou de pasteurs fanatisés. Son but: vivre dans un monde aimable, aimé de Dieu et des hommes, et pénétré de beauté. Seule la beauté sauvera le monde. Cet adage issu d’un roman de Dostoievski, plusieurs fois répété dans ce roman, serait-il une clef pour comprendre l’intention de l’auteur? Proche des jeunes, ce prêtre veut leur faire connaître un christianisme fréquentable. L’image recomposée de Monsieur de Genève convient à sa démonstration.

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