Revue Sources

En 2006, la Cotmec (Commission tiers-monde de l’Église catholique) était, avec la Fédération romande des consommateurs, la première à dénoncer le lancement d’un nouvel emballage d’une gamme de chocolats Cailler, en PET non recyclable, élaboré par l’atelier du célèbre architecte Jean Nouvel. Au départ, une information recueillie par Martyna Olivet qui venait d’être engagée comme permanente de la Commission. Forte de sa formation scientifique, Martyna avait été en mesure d’évaluer l’impact écologique de cette opération de prestige, destinée à relancer les ventes. À la conclusion, après une vive polémique dans les médias, le retrait par Nestlé de cet emballage et le retour au bon vieux papier, moins dommageable pour l’environnement.

La COTMEC en première ligne

Née en 1968 d’un acte de résistance (la mise en cause par un prêtre du paiement de la taxe militaire), la Cotmec s’était vouée, sous la houlette, entre autres, de l’abbé André Fol et de Dominique Froidevaux, à cultiver la solidarité nord-sud et à alerter l’Eglise et la société sur les injustices infligées aux peuples du «tiers-monde». Une riche histoire, avec de multiples accents, par exemple sur les questions des réfugiés, des abus du secret bancaire, de la mondialisation, de la dette des pays du Sud, avec des liens avec des Latino-Américains en butte aux dictatures, des victimes de l’apartheid, des Haïtiens, des promoteurs de paix dans la région des Grands Lacs (grâce à un autre permanent, Justin Kahamaile)…

Avec la publication de livres et de brochures, des débats, des animations pour les jeunes, la participation aux campagnes de Carême, ainsi que 353 numéros de la «feuille jaune» mensuelle. Et la collaboration avec tout un réseau, à Genève, en Suisse et un peu partout dans le monde.

« En simplifiant grossièrement, on dira que la modernité occidentale a réduit la création à une ressource et la société à un marché, amputant l’humanité d’une partie d’elle-même. »

Ce n’était pas la première fois, en 2006, que la Cotmec s’intéressait à l’écologie. Elle avait déjà été attentive, dans les années 1980, au mouvement œcuménique «Justice, Paix et Sauvegarde de la Création». Cependant, il lui est progressivement apparu que la défense de la vie sur la planète devenait «la mère de toutes les batailles». Elle impliquait la lutte contre les inégalités, contre une consommation débridée, contre le gaspillage et, au bout du compte, elle mettait en question un système économique mortifère.

Des petits gestes à une mutation

En 2009, la Cotmec publiait, sous le titre «Un monde plus juste? À toi de jouer», une brochure incitant les jeunes à accomplir chaque jour «des petits gestes pour préserver la planète». Il s’agissait de circuler à bicyclette plutôt qu’en scooter, de changer moins fréquemment de téléphone portable ou d’ordinateur, d’éviter d’acheter quantité de vêtements, de boire de l’eau du robinet plutôt que de l’eau en bouteille ou encore de limiter sa consommation de sodas ou l’utilisation de cosmétiques. Pour aller plus loin, il était proposé aux lecteurs de s’engager dans des associations pour la protection de l’environnement ou pour des relations Nord-Sud plus justes.

La Cotmec s’était aussi impliquée dans la quête du lien entre spiritualité et environnement, en particulier avec le théologien protestant Lukas Vischer. Pour son 40ème anniversaire, en 2008, elle avait invité trois Belges, François Houtart, Ignace Berten et Thierry Verhelst qui avaient pointé le doigt sur les origines de la crise globale que vit l’humanité et sur les issues possibles. Thierry Verhelst avait affirmé avec force qu’une «spiritualité profonde était indispensable à la promotion d’une mutation culturelle et écologique.» Certains des membres de la commission ont aussi été marqués par l’ouvrage de Michel Maxime Egger «La Terre comme soi-même, repères pour une écospiritualité» (Labor et Fides, Genève 2012).

Après le retrait de son mandat par les responsables de l’Église catholique de Genève, fin 2013, la Cotmec, devenue association, n’a pas voulu abandonner cette question vitale, l’abordant, parmi d’autres, dans son livre intitulé «Trop riches, trop pauvres», publié en juin 2015 (Éditions d’en bas). Et lors du lancement à Fribourg, en septembre 2015, de la plateforme Dignité et Développement – dont la création a été voulue par l’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg à la suite de la mise à l’écart de la Cotmec – celle-ci a proposé, comme thème de recherche, «Écologie et pauvreté», devenu depuis: «Écologie et sobriété heureuse». Elle restait ainsi fidèle à sa mission d’origine sur le fossé Nord Sud, élargi aujourd’hui à l’ensemble de la planète, tout en se centrant sur ce qui déterminera, en grande partie, l’existence de nos enfants et petits-enfants (et affecte déjà sérieusement celle de certains peuples).

«Vivre intensément avec peu»

L’élévation du niveau des océans etc. a des racines enfouies dans l’âme humaine. Et tout particulièrement dans la culture répandue sur la planète par la modernité occidentale. Avec des avancées scientifiques et technologiques inouïes, une croissance de l’espérance de vie ou une diminution de la pénibilité du travail. Mais aussi une périlleuse dérive qui s’accélère depuis quelques décennies et nous mène au bord du gouffre.

En simplifiant grossièrement, on dira que la modernité occidentale a réduit la création à une ressource et la société à un marché, amputant l’humanité d’une partie d’elle-même. Elle a dévoyé sa puissance de désir, infinie, de l’ordre de l’être et non de l’avoir, la dégradant en envies addictives, à l’aide de la publicité et du marketing. D’où l’emballement de la production et de la consommation de «biens» qui épuisent les ressources offertes par la planète, en jouant sur notre quête de reconnaissance, notre tendance au mimétisme et, en définitive, sur une vaine tentative d’échapper à notre finitude par la jouissance et l’accumulation. Tout en négligeant les besoins vitaux de larges couches de la population mondiale.

Les solutions technologiques – production d’énergie durable, réduction du gaspillage des ressources etc. – aussi indispensables soient-elles, ne suffiront sans doute pas. Dans l’encyclique Laudato si’, le pape François nous propose un retour à la simplicité. «La sobriété vécue avec liberté est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie, mais tout le contraire», écrit-il (No 223). Bien des sages de diverses civilisations ont, à travers les âges, foulé ce chemin, encore emprunté de nos jours, par choix ou obligation, par nombre d’individus et de peuples dont l’exemple peut nous inspirer. Un chemin exigeant qui implique une désintoxication de certaines des «valeurs» de notre société, mais est aussi un chemin de convivialité et de joie.

Le pape François n’oublie pas la dimension politique de «la conversion écologique» qu’il appelle de ses vœux. «Un changement dans les styles de vie pourrait réussir à exercer une pression saine sur ceux qui détiennent le pouvoir» (No 206). Problème: une telle conversion nécessite du temps, alors qu’elle est urgente si nous voulons garder l’espoir d’échapper aux pires calamités… Pour sa modeste part, l’association Cotmec s’efforce d’y contribuer.


Michel Bavarel, journliste genevois, collabore à l’«Action de Carême» des catholiques suisse.Membre de la Commission tiers-monde de l’Eglise de Genève (COTMEC), il fut rédacteur de la «Feuille Jaune», périodique de cette institution et collabora très activement à ses autres publications.

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