Revue Sources

Rentré de France où je suis allé passer Noël, je profite de cette petite trêve de début d’année pour faire le point sur le temps qui passe et partager quelques nouvelles. 

Beaucoup d’entre vous se sont enquis de notre situation au cours de ces dernières semaines. La reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël par Donald Trump, début décembre 2017, a ravivé les tensions dans cette ville où je vis depuis deux ans et demi. A vrai dire, les réactions violentes ont été sporadiques et assez localisées (Ramallah, Hébron, Bethléem, Gaza). Peu d’observateurs s’attendent à une troisième Intifada. Les Palestiniens sont, dans leur majorité, fatigués et voient que la violence ne mène pas à grand-chose. De plus, ils manquent d’un projet politique cohérent et de leaders crédibles à même de le mettre en œuvre. C’est donc plutôt le désenchantement qui domine. Si donc nous n’avons pas à vues humaines à craindre un nouvel épisode violent, nous sommes, en revanche, provoqués à mieux analyser où nous en sommes et à essayer d’imaginer vers où nous allons. Les essais d’analyse n’ont pas manqué au cours des dernières semaines. Dans ce qui a retenu mon attention, je vous livre deux éléments trop peu diffusés, à mon sens.

Deux Etats: une illusion!

Du côté israélien, l’enfermement croissant de la politique du gouvernement Netanyahou dans une politique contrôlée par la droite religieuse ultra-orthodoxe et les colons. L’étendue de la colonisation israélienne en Cisjordanie (400000 colons) et à Jérusalem-Est (200000 colons) rend désormais illusoire une solution à deux Etats. Le paradoxe est que la déclaration américaine récente, au lieu d’apporter un élément de solution politique du conflit – ce que Trump avait promis, fustigeant l’inefficacité d’Obama – renforce en fait la dimension religieuse du problème, puisque Trump est lui aussi soutenu d’abord par un camp, comprenant des millions de chrétiens évangélistes sionistes américains, qui voient en l’Etat d’Israël une étape essentielle vers le retour du Messie. Ceci renforce donc la thèse de l’Etat d’Israël qui parle d’un problème religieux, alors qu’il s’agit d’un problème politique. Ce qui d’une certaine manière pousse à une surenchère islamiste.

Partenaires incompétents

Du côté palestinien, outre la critique bien connue du leadership palestinien (vieux, corrompu, divisé, décrédibilisé), certaines analyses soulignent les occasions manquées pour la paix au cours des dernières décennies par manque de professionnalisme et de compétence des dirigeants politiques. Dans un article passionnant du Monde diplomatique de janvier 2018, Charles Enderlin, observateur très qualifié souligne l’asymétrie politique du conflit, y compris lors des accords d’Oslo, où les négociateurs israéliens très préparés n’avaient pas en face d’eux des partenaires compétents, qui ont du coup laissé passer des occasions d’un compromis acceptable.

Sables mouvants

La situation actuelle a donc au moins pour mérite de faire tomber les illusions: la solution à deux Etats, qui reste la ligne défendue par l’Union européenne par exemple, apparaît de plus en plus comme un mirage, de même que l’arrêt de la colonisation. Il n’y a plus de «processus de paix». A vues humaines, le gouvernement israélien a réussi à imposer sa solution et la communauté internationale n’a pas le courage d’aller plus loin que la dénonciation prudente. Enderlin conclut, néanmoins, en citant un ancien analyste du Shin Beth (services secrets israéliens): «Le statu quo n’est pas stable mais évolue dans la direction qui mène inexorablement les deux parties vers les sables mouvants d’une réalité binationale où Israël, dominateur, tenterait d’imposer sa volonté aux Palestiniens parqués dans des enclaves territoriales» (Le Monde diplomatique, janvier 2018, p. 5). La paix dans la justice n’est donc pas pour demain. Triste perspective, même si l’on a vu sous d’autre cieux que la solution par la force n’est pas une solution durable.

Le mystère de Jérusalem

Dans un tel contexte, le défi est de tenir, de soutenir ceux qui prônent des chemins pacifiques, de ne pas construire dans sa tête et dans son cœur de nouveaux murs qui s’ajoutent à ceux qui déjà défigurent nos paysages: c’est pour moi et pour ceux avec qui je vis un défi quotidien. Il y a un mystère de Jérusalem et de cette «Terre sainte»: berceau des trois religions monothéistes, elle a une sorte de vocation à amener les hommes à vivre ensemble dans la paix, en acceptant et même en tirant profit de leur diversité. C’est peut-être pour cela qu’il est si difficile d’y parvenir. Peut-être faut-il commencer par apaiser nos violences personnelles.


Le frère dominicain Jean-Jacques Pérennès est directeur de l’Ecole biblique et archéologique de Jérusalem. Extraits d’une circulaire à ses amis et connaissances.

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