Revue Sources

Il y a quelques mois, des frères étudiants dominicains de la Province de France se sont réunis pour évoquer la création de nouveaux projets d’apostolats. Ces projets apparaissaient structurés par trois grandes directions. La première consistait à insister sur la présence auprès des adolescents et des jeunes adultes; la seconde à affirmer de manière plus explicite la vocation de prédicateur et de théologien des dominicains; enfin, le troisième élément soulignait la nécessité d’un engagement encore plus important sur Internet.

Ces différentes directions ont convergé, entre autres, vers le projet d’une nouvelle interface destinée à la formation. Notre réflexion a fait émerger de multiples questions dont nous voudrions esquisser quelques aspects dans le présent article. Quelles sont les caractéristiques de la génération actuelle? Quelles sont les offres qui existent déjà aujourd’hui dans le domaine de la formation théologique et leurs limites? Quels outils mettre en place pour répondre aux nouveaux besoins sur Internet?

Une transformation du public des jeunes adultes catholiques

Une des caractéristiques essentielles des jeunes catholiques est non seulement que ces derniers constituent une minorité dans leur tranche d’âge, mais cet aspect minoritaire est renforcé par le fait que ces baptisés, aujourd’hui jeunes adultes, n’ont pas tous été catéchisés. On estime en effet le nombre d’enfants catéchisés compris entre un tiers et un quart d’une classe d’âge aujourd’hui[1]. Ce qui signifie donc qu’entre deux tiers et trois quarts des jeunes adultes français (nés entre 1985 et 2000) n’ont jamais bénéficié de catéchèse.

Il s’agit de mettre en œuvre un espace d’initiation à la théologie qui permet de découvrir les grandes questions qui traversent la foi chrétienne.

Ces données transparaissent également dans la pratique religieuse. Les jeunes sont ainsi très fortement sous-représentés dans la population catholique pratiquante. Alors que les 18-24 ans et les 25-34 ans représentent respectivement 11% et 19% de la population française totale, ils représentent 7% et 9% des catholiques pratiquants en 2009. À rebours de ce mouvement général de décroissance du catholicisme dans la société française, le catéchuménat d’adolescents et d’adultes n’a cessé de croître. Ainsi en 2017, on a recensé le baptême de 4503 jeunes et adultes pour la seule nuit de Pâques en France, en hausse de 5,58% par rapport à 2016 et de 55,39% sur 10 ans[2].

Ce mouvement est l’aboutissement d’un processus de plus grande ampleur, débuté il y a maintenant près d’un siècle quand la France commençait à être qualifié alors de «pays de mission»[3]. Entre autres phénomènes, il a conduit à ce que la sociologue D. Hervieu-Léger a appelé une «exculturation» du catholicisme[4]. Ainsi, contrairement à ce qui se passait encore dans les années 1950 ou même 1970 où des générations socialisées chrétiennement mettaient en cause ces racines, mais entraient en discussion avec des catholiques sur des bases culturelles communes, on observe aujourd’hui que le catholicisme ne fait plus partie de la culture française commune.

Ceci renforce chez un grand nombre de catholiques français pratiquants le sentiment d’appartenir à une minorité[5]. Minoritaires au sein d’une société qui ne parle plus directement leur «langage», les plus jeunes générations de catholiques apparaissent soucieuses d’affermir leur connaissance de ce langage pour des objectifs ad extra: défendre leurs spécificités ou encore entrer en dialogue avec le reste de la société en étant solidement ancrés dans les fondements de leur foi. Mais cette volonté a aussi un objectif ad intra qui paraît important. Conscients de former à la fois une minorité, mais également une minorité se présentant sous une forme éclatée, posséder un langage de foi unifié a aussi pour objectif de structurer les diverses sensibilités autour d’un même dépôt commun.

Dépasser le cadre des propositions existantes

Pour répondre à cet appel, des frères dominicains de la Province de France ont lancé le projet ThéoDom en 2015. Il s’agissait concrètement de proposer de petites initiations à la théologie au cours de l’été, dans des lieux et une ambiance de vacances pour de jeunes adultes. La première session avait eu lieu à Belle-Ile-en Mer en août 2015. Face au succès rencontré par cette proposition, deux rencontres ont été organisées l’année suivante: l’une à Kergallic en Bretagne et l’autre à Chalais, près du monastère des moniales dominicaines. La même proposition est refaite en juillet et en août 2017.

Mais la question s’est rapidement posée de constituer une formation à plus long terme pendant l’année. Les propositions existantes hors des temps d’été[6] sont d’abord des formations de proximité (essentiellement dans les grandes villes) ou des formations sur Internet. Or, la plupart des formations de proximité excluent, par définition, la participation de personnes n’habitant pas dans des lieux pourvus en Instituts catholiques ou groupes de formation. Même si les formations dispensées sur Internet permettent de pallier ces limites, elles proposent souvent des parcours de nature universitaire, impliquant, de fait, un engagement en temps important dans lequel beaucoup de jeunes et de jeunes adultes ne sont pas en mesure de s’investir.

Il manque donc à ce panorama d’offres de formation une interface Internet (palliant de ce fait les problèmes liés à la distance géographique) permettant un apprentissage non-universitaire, assez souple quant à l’investissement (en temps et en argent) qu’il représente, et placé hors des périodes de vacances.

ThéoDom: une initiation à la théologie en ligne

Pour cela, l’idée a été avancée, dans la dynamique des camps d’été ThéoDom, de proposer une nouvelle interface internet répondant à ces besoins. Il s’agit de mettre en œuvre un espace d’initiation à la théologie qui permet, via un site internet, de manière brève et ludique, de découvrir les grandes questions qui traversent la foi chrétienne. Ce site serait surtout destiné à des chrétiens de 25 à 45 ans qui souhaitent mieux connaître leur foi, mais n’ont pas la possibilité de s’investir dans un cycle de formation long. Les jeunes chrétiens auxquels ThéoDom est destiné n’ayant pas tous les mêmes attentes de formation ce site va aussi proposer une offre différenciée et participative. Enfin, animé par de jeunes frères dominicains et nouvelle proposition du portail Retraite dans la Ville, ce site a pour objectif de montrer que la théologie, centrale dans notre tradition religieuse, peut nourrir tout chrétien et qu’elle est une matière vivante qui invite au débat.

Même s’il peut être jugé ambitieux, les terrains que touche ce projet sont exaltants et placés au cœur de la mission de l’Ordre dominicain. Ils présentent en outre le mérite de fédérer la réflexion théologique et pastorale de frères dominicains de différentes générations. Rendez-vous à l’automne 2017 pour le lancement de ce nouveau site. Nous vous y attendons!


Charles Desjobert (à gauche) et Jacques-Benoîr Rauscher, deux jeunes frères dominicains français en formation à Fribourg portent un réel souci d’initier au contenu de la foi chrétienne leurs jeunes contemporains français. Avec d’autres frères de France, ils lancent sur le net pour l’automne 2017 «ThéoDom», un site qui passera allégrement les frontières pour intéresser les jeunes francophones de partout.


[1] Chiffres donnés à partir des tendances relevées dans D. Villlepelet, L’avenir de la catéchèses, Paris, Les Éditions de l’Atelier/ les Éditions ouvrières, 2003.
[2] D’après la Conférence des évêques de France, 2017.
[3] Pour reprendre le titre du livre célèbre des Pères Godin et Daniel publié en 1943.
[4] D. Hervieu-Léger, Catholicisme la fin d’un monde, Paris, Bayard, 2003.
[5] Avec le paradoxe qu’ils sont parfois encore perçus comme majoritaires ou disposant de moyens de pression majoritaires, cf. R. Rémond, Le christianisme en accusation, Paris, Desclée de Brouwer, 1999.
[6] Un panorama de ces différentes propositions est présentésur le site: http://www.parolesdecatholiques.org/se-former/formations-de-l2018eglise-catholique#, liste consultée le 01/05/2017.

 

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