Revue Sources

Trois personnalités ont participé, chacune à sa manière, à la création des vitraux qui illuminent la chapelle protestante de Martigny.

Léonard Gianadda

L’homme est à lui seul une institution. Octogénaire, il continue de régir un important bureau d’affaires immobilières au centre de la ville de Martigny, tout en partageant avec quelques originaux de son âge l’étrange singularité de ne maîtriser aucun appareil électronique. Ce qui ne l’a pas empêché de créer et de diriger dans sa ville une prestigieuse Fondation artistique qui porte son patronyme et le prénom de son frère Pierre décédé.

D’origine italienne, Leonard Gianadda mena de front une carrière technique et un goût immodéré pour l’Art, ses maîtres et son histoire. Ce hobby prestigieux l’amena à nouer au cours de sa vie non seulement des contacts utiles, mais des relations d’amitié avec de nombreux artistes, comme celle qui le lia à Hans Erni. Catholique, Léonard épousa en terre vaudoise Anne, l’amour de sa vie, de confession réformée. L’Eglise catholique du Valais avait en son temps refusé de bénir cette union. Ce mariage «mixte» développa chez lui une réelle sensibilité œcuménique qu’il n’a cessé de mettre en valeur. A trois reprises en cours d’année, une exposition de la Fondation Gianadda donne lieu à un service œcuménique de prières ouvert à tous.

Hans Erni

L’artiste qui naquit à Lucerne en 1909, fut graphiste avant d’être peintre, sculpteur et verrier. Il ne cacha pas sa sympathie aux militantes féministes et participa aux luttes ouvrières. Engagé par la Banque nationale suisse pour dessiner le profil de ses billets de banque, il est brutalement remercié en 1949 sur l’injonction d’un conseiller national de son canton qui le dénonça comme communiste. Cette injustice ne l’éloigna pas de sa ville natale où en 1979 il créa son propre musée, proche de celui des Transports.

Mais c’est en Valais qu’il aimait trouver son inspiration et parsemer la contrée de ses œuvres. C’est encore en Valais que naquit et se développa une solide amitié, vieille de trente ans, entre le peintre lucernois et l’homme d’affaires italo-valaisan. C’est tout naturellement vers cet ami que se tournera Gianadda quand il se mit à la recherche d’un artiste pour créer les vitraux de «sa» chapelle, sise à deux pas de «sa» Fondation. Hans Erni était déjà plue que centenaire quand il exécuta cette œuvre.

Pierre de Boismorand

Ce fut la paroisse protestante de Martigny, par l’intermédiaire de son pasteur français, Pierre de Boismorand, qui fut le maître de l’ouvrage. Un peu comme Abraham priant l’Eternel d’épargner Sodome, le pasteur s’y prit à quatre reprises pour faire monter les enchères de la générosité de son mécène. L’entreprise se réalisa en effet en quatre étape jusqu’à ce que les douze baies de la chapelle puissent réfracter la lumière du jour à travers le prisme des couleurs choisies par Erni. Le généreux donateur ne se fit pas trop supplier. Cette chapelle lui tenait à cœur, comme un mémorial lumineux dressé en l’honneur de sa chère épouse réformée qui de son vivant avait coutume de venir prier en ce lieu.

Le pasteur toutefois, en accord avec son conseil de paroisse, se réserva le choix des motifs des vitraux. Il dut abandonner assez vite l’idée d’un saint Christophe qui aurait séduit l’artiste, mais scandalisé ses fidèles calvinistes.[1] Pour n’effrayer personne, Pierre de Boismorand s’en tint à la Bible et confia à l’inspiration de l’artiste quelques versets tirés de la Genèse et des Prophètes, lui laissant tourte liberté de les traduire en espaces lumineux. On ne se privera pas d’admirer Noé et sa colombe, Adam et Eve devenus par la magie du peintre un couple de montagnards valaisans ou encore ce jeune garçon qui joue avec les serpents, évoqué par Isaïe comme une image de paix et de réconciliation universelles.

Le 16 mars 2014, la chapelle entièrement rénovée était inaugurée. Le vieil artiste lucernois avait 105 ans. Il devait mourir l’année suivante.


La Chapelle de la Bâtiaz

La générosité de Leonard Gianadda ne s’arrêta pas en si bon chemin. Un ami lui fit remarquer que sa bienfaisance devait avoir une note oecuménique. Les paroissiens catholiques de Martigny suggérèrent alors au mécène de solliciter un artiste pour créer les vitraux de leur antique chapelle de La Bâtiaz, au pied de la tour romaine qui surplombe le défilé du Rhône. Ce fut l’artiste dominicain Pierre Kim à qui Gianadda confia cette œuvre inaugurée en septembre 2014.

Notre revue»«Sources» dans son numéro de janvier-mars 2014 a consacré en page 47 une notice à cette réalisation.


Frère Guy Musy, dominicain, rédacteur responsable de la revue «Sources».


Bibliographie:

Sophia Cantinotti et Jean-Henry Papilloud: Les vitraux des chapelles de Martigny, Fondation Pierre Gianadda, Martigny, 2014.

[1] Hans Erni avait déjà exécuté une statue de saint Christophe sur le parvis de l’église catholique de Crans-Montana, en Valais.

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