Revue Sources

Le premier Catéchisme de l’Église catholique pour les jeunes de l’histoire (!), intitulé Youcat [1], veut donner des points de repère, proposer la foi de manière claire et susciter le débat.

Comme le dit le Pape dans sa Préface, reprise en dernière page de couverture, Youcat souhaite provoquer la réflexion, seul ou à deux, il désire faire « circuler la Parole » en groupes, via les blogs et les réseaux sociaux, sur les grandes questions existentielles, sociales et spirituelles. Il se présente donc comme un point de départ. Tous les animateurs et les jeunes qui l’ont déjà utilisé le disent: Youcat constitue une bonne synthèse sur un sujet, mais il demande à être complété, soit par un dialogue entre jeunes, soit par le recours au « grand frère », le Catéchisme de l’Église catholique (CEC) ou à d’autres ouvrages. Pour que l’aventure commence…

Le «Y» de la couverture

Il est jaune et blanc. Aux couleurs du Vatican. Lumineux comme le soleil. L’emballage pourrait être plus attractif. Youcat, abréviation de l’anglais Youth Catechism, est le Catéchisme de l’Église catholique pour la jeunesse, glissé dans le sac à dos de tous les participants aux dernières Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) en août 2011 à Madrid. Le «Y» de Youth, qui trône sur la première page de couverture, veut toucher le destinataire au cœur: «Y» comme You: « Prends le livre, il est pour toi!». Ce «Y» rassemble dans son graphisme, trouvaille intéressante, une multitude de symboles venus d’Orient comme d’Occident: la croix, sous une pluralité de formes, la colombe de l’Esprit Saint, le sigle IHS (Jésus), l’agneau et le cierge pascals, le poisson, le tétragramme YHWH, la Bible, la Vierge Marie, des églises, le chapelet, l’ostensoir, l’encensoir, et même une mitre épiscopale…

Rédigé avec des jeunes

D’où vient l’idée de Youcat? Lors d’une conférence de presse où il présentait l’Abrégé (2005) du CEC, l’archevêque de Vienne, Mgr Christoph Schönborn, fut interpellé par un journaliste lui reprochant la langue d’un tel ouvrage, incompréhensible notamment pour les jeunes. Soutenus par le Cardinal autrichien, un groupe de théologien-ne-s et de prêtres allemands entreprit alors de constituer un outil accessible à la jeune génération. Pour ce faire, ils se sont assuré la collaboration de professeur-e-s de religion, et surtout d’une équipe d’une cinquantaine de jeunes entre quinze et vingt-cinq ans, croyants ou non. Réunis en camps intensifs durant les étés 2006 et 2007, ces jeunes «théologien-ne-s en herbe » ont vigoureusement mis en cause la formulation de l’Abrégé et exprimé leurs interrogations dans tous les domaines de la foi. Le résultat fut ensuite communiqué aux instances romaines, légèrement réélaboré, puis soumis à quelques conférences épiscopales (Autriche, Allemagne, Suisse), et enfin élargi à l’Église universelle. Un catéchisme « de la base» en quelque sorte, pour lequel la communication ne fonctionne pas que « de haut en bas » ! Réjouissant !

La force de proposition de la foi

La crise de la société actuelle et les mutations culturelles qu’elle entraîne ont des répercussions majeures sur la vie de l’Église. La Lettre aux catholiques de France (1996) le soulignait avec force, et Benoît XVI situe dans ce contexte de turbulence la parution de Youcat (cf. Préface, p. 7). Au cœur de ce monde en mouvance, l’Église catholique n’est pas appelée à se recroqueviller frileusement sur elle-même, mais à entrer en dialogue critique avec les courants contradictoires qui agitent notre univers. Elle est invitée à rendre le service éminent de faire entendre la force de proposition de la foi chrétienne et à accompagner ainsi les jeunes dans leur croissance humaine et spirituelle. Youcat poursuit donc l’objectif de fournir à la jeunesse de notre temps les moyens de s’approprier le trésor de l’Évangile et d’en déployer la pertinence pour aujourd’hui.

Une « pédagogie d’initiation »

En visant un tel but, Youcat rejoint la perspective qui a présidé à la naissance des premiers catéchismes à l’aube de la modernité: Melanchthon et Luther, suivis par Pierre Canisius puis par le Concile de Trente, ont essayé de donner aux hommes de l’époque, confrontés à des changements historiques, les mots nécessaires pour rendre compte personnellement de leur foi. De même, placés en situation de diaspora au cœur de la postmodernité, les jeunes en quête de sens et de Dieu peuvent trouver en Youcat les bases rationnelles et spirituelles afin d’articuler leurs convictions. Mais pour entrer dans un tel processus de maturation, ils ne doivent pas rester seuls. Ils ont besoin de « biotopes communautaires » – dans des groupes en Église, en réseau sur Facebook ou Twitter. Le livre exige donc d’être «mis en jeu » selon une « pédagogie de l’initiation»[2], car ce n’est qu’ainsi que les connaissances acquises sur le christianisme pourront s’enraciner dans la prière, la lecture méditée de la Parole, la vie fraternelle et la communion ecclésiale. Comme aux JMJ, où Youcat a fait merveille, hors d’un cadre communautaire tissé de liturgie, de partage et témoignage, l’ouvrage risque de rester sur un rayon de bibliothèque et de ne pas porter vraiment de fruit. Youcat ouvre un chemin de liberté, individuel et communautaire. Sans une animation qui l’entoure, il demeurera lettre morte.

Le défi de la cohérence

Même s’il se présente sous la forme de questions / réponses – mais n’est-ce pas ainsi que les jeunes « fonctionnent»? –, Youcat ne ressemble pas aux catéchismes de nos aïeux: les éléments ne se trouvent pas simplement juxtaposés, il n’est pas nécessaire de faire appel à la mémoire. La foi ne s’y réduit pas à un ensemble d’énoncés à reconnaître, selon les trois « il faut » d’antan: les vérités qu’ »il faut croire », les commandements qu’ »il faut observer » et les sacrements qu’ »il faut recevoir ». L’originalité de Youcat réside dans le fait qu’il tente de relever le défi de la cohérence, celle de la tradition vivante venue des Écritures et déployée dans l’histoire de l’Église. L’ouvrage reprend ainsi la structure du CEC, qui correspond à celle des catéchèses des Pères: une tradition portée par la profession de foi (1ère partie: « Ce que nous croyons« ), vécue dans la liturgie (2ème partie: «La célébration des mystères chrétiens»), mise en acte dans l’existence des croyants (3ème partie: « La vie dans le Christ») et enracinée dans la vie spirituelle et la sainteté pour tous (4ème partie: «La prière chrétienne»). C’est donc l’Église elle-même qui se donne et se propose, qui s’engage et se livre, en offrant le trésor de son patrimoine dans son «intégralité ». En invitant les jeunes à accueillir ce courant de vie séculaire, pour l’inscrire dans la culture contemporaine.

Fournir à la jeunesse de notre temps les moyens de s’approprier le trésor de l’Évangile

Quelques réserves critiques

Les définitions complètent harmonieusement les réponses aux interrogations. Dans l’ensemble les textes sont réussis et peuvent servir de boussole dans cette exploration des contours de la foi.

Qu’on nous permette toutefois quelques petites réserves critiques:

Sans accompagnement, un jeune aura souvent de la peine à dégager l’essentiel du secondaire et à rétablir une saine « hiérarchie des vérités », puisqu’avec le système de l’enfilade des questions / réponses, tout risque d’apparaître sur le même plan.

– À notre avis, le langage utilisé convient mieux à de jeunes adultes qu’à des adolescents. Les formulations demeurent parfois assez complexes et peu accessibles, en tous cas si elles ne sont pas soutenues par les explications d’un animateur. Que comprend un jeune de 16 ans de phrases telles que celle-ci: « Jésus a été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu (Ac 2,23). Afin que nous, les enfants du péché et de la mort, nous ayons la vie, le Père céleste de celui qui n’avait pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous[3] (2 Co 5,21). Mais à la grandeur du sacrifice que Dieu le Père a demandé à son Fils a répondu la grandeur de l’abnégation du Fils» (n.98)? Ou encore: Si l’Église invitait à la communion des non catholiques, «la crédibilité du signe de l’Eucharistie en pâtirait« ?

– La théologie véhiculée par Youcat est assez « classique », avec des ouvertures bienvenues sur les médias, l’économie, l’écologie, le rapport entre science et foi, la dénonciation du trafic humain et de la pédophilie… Toutefois, le rôle de la hiérarchie est nettement souligné. Ainsi, par exemple, est-ce opportun de préciser que le Pape, en vertu de son autorité suprême, «si besoin, doit retirer des enseignements ou relever de leur charge des ministres…», sans mentionner du tout que son rôle premier est de soutenir ses frères comme « serviteur des serviteurs» (n.141)? D’autre part, n’y aurait-il pas eu de formule plus adaptée pour l’eucharistie que de dire: «… le sacrifice historique de Jésus sur la croix est rendu présent de manière cachée et non sanglante pendant la consécration » (n. 208)?

– Évidemment, Youcat ne peut tout dire, des choix ont dû être faits. Cependant, certaines omissions sont étonnantes: il convient d’agir toujours selon sa conscience, du moment où on agit dans les limites du bien commun (ajoute le n. 296, ce que ne fait pas le CEC, n. 1782); le péché offense l’amour de Dieu (n. 315), sans que l’amour du prochain soit mentionné (ce que fait par contre le CEC, n. 1849); le n. 221 ne signale pas l’envoi vers les pauvres que comporte l’eucharistie, contrairement au CEC, n. 1397; à la différence du CEC (n. 1241), le n. 203 n’explicite pas les trois offices du Christ « prêtre, prophète et roi », auquel le saint chrême fait participer les baptisés à leur confirmation; au n. 215, la présidence de la célébration eucharistique, réservée au prêtre, n’englobe pas, à l’exemple du CEC (n.1348) la participation active de tous les fidèles; enfin, point fort regrettable, le sacerdoce commun des fidèles n’est pas rattaché au baptême, mais uniquement défini en contraste avec le sacerdoce ministériel (n. 250).

– Le ton se fait également parfois moralisateur, comme si les jeunes rêvés par Youcat devaient être plutôt du type « bon chic bon genre de bonne famille ». Nous trouvons ainsi le n. 220 particulièrement malheureux. À la question «Comment dois-je me préparer pour recevoir l’eucharistie?», la réponse est ainsi libellée: «Celui qui veut recevoir l’eucharistie doit être catholique. S’il est conscient d’avoir commis un péché grave, il doit d’abord se confesser. Avant de s’approcher de l’autel, il faut se réconcilier avec son prochain. Jusqu’à il y a quelques années, on avait coutume de ne rien manger au moins trois heures avant la messe; on voulait ainsi se préparer à la rencontre avec le Christ dans la communion. Aujourd’hui l’Église recommande au moins une heure de jeûne. Un autre signe de respect est de bien s’habiller. Car, finalement, c’est bien avec le Seigneur de l’univers que nous avons rendez-vous ! » Et la préparation de l’être intérieur? Ne faut-il pas au moins autant « s’habiller le cœur » que bien se vêtir pour s’approcher en toute confiance de Celui qui a fréquenté les prostituées et les pécheurs?

– On peut aussi regretter certaines citations qui, sorties de leur contexte, risquent d’induire de fausses représentations quelque peu « volontaristes » ou « doloristes »: (p.124, 2ème citation, saint Augustin au sujet de l’eucharistie) « Je suis l’aliment des forts, grandis et mange-moi…« ; (p. 68, 1ère citation, de F. Fénelon) « On doit porter sa croix et non la traîner, et on doit la saisir comme un trésor et non comme une charge« .

– Au plan pédagogique, plusieurs questionnements centraux des jeunes ne sont pas repris: à propos de la résurrection du Christ (n. 104-107) et de notre résurrection (n. 152-155), rien n’est dit de son incompatibilité avec la croyance en la réincarnation, qui tente bien de nos contemporains.

Conclusion

« Ce livre est passionnant parce qu’il nous parle de notre propre destin et qu’il concerne par conséquent profondément chacun d’entre nous » (Préface, p. 9). Ce « nous » du Pape associé aux jeunes nous englobe tous, il concerne les catéchistes, les aumôniers et les enseignants de jeunes. Mais il s’étend à tous les adultes: au fond, Youcat peut rejoindre les jeunes de 17 à 77 ans et 107 ans. C’est comme dans une homélie: ce qui parle aux enfants et aux jeunes peut toucher également les plus âgés. Il n’y a donc aucune limite au «Y» de You(th) !

[1] Youcat français, traduction Monique Guisse et Joseph Stricher, révision avec le concours de Mgr Michel Dubost, Paris, Bayard / Fleurus-Mame / Cerf, 2011, 303 pages.

[2] Ainsi que le souhaitent le Texte National pour l’orientation de la catéchèse en France des évêques français (Paris, Bayard / Cerf / Fleurus-Mame, 2006) et la Commission Romande de Catéchèse, « Les défis communs en pastorale catéchétique », Lausanne, mars 2009.

[3] La construction de la phrase elle-même est incorrecte. Des fautes de syntaxe ou d’orthographe sont d’ailleurs à signaler: (p. 8, Préface) « Comment des personnes (…) pouvaient-elles produirent un texte (…) »; (p. 124, 1ère citation de BenoîtXVI) « En changeant le pain en son Corps, et le vin en son Sang, et qu’il les donne, Jésus anticipe sa mort… »; (n.215) « Le célébrant se tient à l’autel in persona Christi capiti » (au lieu de «capitis», mais beaucoup d’ados ne remarqueront vraisemblablement pas cette coquille), etc.


L'abbé François-Xavier Amherdt

L’abbé François-Xavier Amherdt

L’abbé François-Xavier Amherdt est professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg

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